Creative Connection

Sébastien Hue, autodidacte créatif et enfant d’Internet

Être autodidacte c’est une vraie indépendance aussi dans l’apprentissage.

— En partenariat avec Tuto.com

 

Il s’appelle Sébastien Hue, alias Shue13 pour les connaisseurs. On ne présente plus cet ancien Community Volunteer sur DeviantArt, admin du collectif The Luminarium et fan de science-fiction. Matte painter, Concept artiste professionnel depuis 2 ans… on revient aujourd’hui sur le parcours et les techniques de cet homme aux multiples casquettes.

  • Bonjour Sébastien, merci de nous accorder cette interview. Question classique, peux-tu te présenter en quelques mots et revenir sur ton parcours ?

Je suis un tout jeune dans le graphisme mais j’ai laissé 15 années de logistique internationale derrière moi après une reconversion professionnelle difficile sur à peu près deux ans. J’ai commencé sur Photoshop il y a un peu plus de 6 ans à faire des bannières pour mon groupe de musique sur Myspace. En découvrant les possibilités infinies de ce logiciel, j’ai littéralement été obsédé par la soif d’apprendre. Je voulais savoir comment l’utiliser tout en m’amusant et créer des composés d’images. Autodidacte, j’ai donc appris par le biais d’Internet mais également grâce aux relations que j’ai pu me faire sur Deviantart ; foyer dans lequel j’ai grandi parmi des jeunes étudiants en école d’art ravis de partager leur savoir et d’aider. Bref j’ai découvert une communauté fantastique.

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  • Tu avais pour projet de devenir totalement freelance en octobre 2014, qu’en est-il aujourd’hui ? Vis-tu uniquement de tes productions artistiques ?

Oui ça a bien été le cas mais j’ai dû mener un combat difficile contre le doute et remercie une nouvelle fois mes proches et anciens collègues ayant eu foi en mon travail d’artiste car la signification de graphiste est assez galvaudée, méconnue dans le monde du travail et des affaires. Vouloir devenir un artiste rime souvent dans la conscience collective avec glande, rêve inaccessible et galère d’argent. J’ai pourtant vu beaucoup de glandeurs dans les bureaux aussi (rire…) ! Mais effectivement, se dire de vivre uniquement de ses productions artistiques parait un pari fou. Pari fou que j’ai tenté de réussir sous l’impulsion de certains signes extérieurs m’indiquant qu’avec internet, un fort réseau, beaucoup de travail, un facteur chance et de l’argent de côté je pouvais tenter de m’y risquer. J’y suis allé progressivement avec mon employeur, avec d’abord un 4/5ème pour m’y consacrer pleinement un jour par semaine et voir ce que ça donnait, puis ensuite j’ai pris une année sabbatique pour éviter de me casser le nez si l’expérience était un échec. La démission au final fût une délivrance sur le fait que je pouvais décemment vivre uniquement du graphisme. Maintenant, rien n’est jamais gagné en freelance mais cela me convient bien comme statut car c’est un challenge permanent et pas seulement artistique, loin de là même…

  • Quels sont les artistes qui influencent tes œuvres ?

Il y a les artistes qui m’ont donné l’envie tels que Dylan Cole ou Dusso plutôt tournés environnement, ensuite j’ai eu une grosse période espace avec le collectif des Luminariums et des pointures du genre comme Taenaron ou Kaioshen. Je fais tout pour évoluer, apprendre de nouvelles techniques et au fil de l’eau on tombe en amour d’un sacré paquets d’artistes surtout quand ceux-ci vous aident en retour. J’étais déjà un gros fan de Raphaël Lacoste mais l’avoir rencontré aux Master Classes d’IAMAG cette année n’a fait que renforcer mon admiration pour cet artiste. Je suis aussi un grand fan de Martin Deschambault pour ses peintures à couper le souffle, sa gentillesse et son Projet 77 qui est un vrai régal pour les fans de SF comme moi. Il y en a beaucoup d’autres bien sûr ; de Sparth en passant par Andree Wallin, des artistes plus personnages ou encore 3D et également mes proches amis graphistes avec qui j’échange tout le temps.

  •  Sur quels projets travailles-tu en ce moment ? Tu es plus jeux vidéo, cinéma de science fiction ou BD ?

Je fais au fur et à mesure des opportunités mais la BD, que j’apprécie, est moins dans mon style car je ne me considère pas vraiment comme dessinateur. Je suis vraiment dans la SF avec des maisons d’édition anglo-saxonnes, US ou UK, telles que HarperCollins ou Hachette UK. Mes projets actuels tournent autour du label US de musique de films EPIC SCORE pour lequel je travaille en tant que concept artiste et avec lequel j’ai quasi carte blanche. Je suis sur un projet cinéma qui j’espère devrait commencer vers la fin de l’année (je ne peux vous en dire plus). Je viens aussi de finir des concepts de personnages pour Reebok. C’est très varié et cela me plait beaucoup.

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  •  Tu as reçu très récemment ta huitième récompense Daily Deviation sur Deviantart. Peux-tu revenir sur le projet qui t’as permis d’accéder à ce titre ?

Alors justement belle surprise : j’ai reçu ma 9ème récompense il y a très peu de jours avec l’image faite lors du live d’Adobe. Concernant la 8ème, c’est un projet perso (T-13S) que j’ai monté un peu sous forme de space opéra pour développer mon portfolio. Ce projet a également servi un livre que la maison d’édition Voy’El a publié en janvier dernier avec l’écrivain français Jean-Christophe Chaumette. Celui-ci s’est amusé à écrire en fonction de mon folio. Le projet inversé de la sorte était super intéressant et représente une réelle fierté. Aux intéressés, le livre s’appelle « Essaims Galactiques » (pour le commander : chez l’éditeur ou dans les autres points de vente type Amazon ou Fnac.)

  • Quel est ton workflow ? Les étapes de travail que l’on retrouve dans toutes tes créations ? 

Je n’en ai pas vraiment dans la mesure où je me suis justement beaucoup remis en question sur ma façon de travailler. Je commence à peine à avoir défini un workflow qui marche à chaque fois. Ce qui est sûr c’est que je n’ai pas ou rarement l’image mentale en tête avant de me plonger sur la tablette, j’ai besoin d’une béquille visuelle pour tisser autour et stimuler mon imagination. Je dessine sur un sketchbook des thumbnails de composition que je vois à la TV par exemple, ou que j’arrive plus ou moins à imaginer. J’essaye maintenant d’être plus raisonné avant de me lancer dans une créa : en me constituant des références, des stocks, en réfléchissant à ce que je veux faire et à la direction que je veux prendre en termes de composition, palette de couleurs etc… Je commence souvent en niveau de gris pour bien définir mes valeurs et ensuite je plonge dans la couleur avec un aplat et crée ma palette au fur et à mesure avec les lumières et les ombres. Ensuite, je vais trancher avec des couleurs complémentaires et trafique beaucoup sur les filtres. Bref, j’ai encore des choses à régler pour avoir un workflow propre et efficace.

  • Quels sont tes logiciels préférés lors de tes conceptions ?

Photoshop car après avoir testé la 3D, je reviens toujours à ce logiciel. La 3D est fantastique et aide énormément quand on cale en composition : avec deux cubes, un rectangle et une lumière, on peut jouer avec la caméra et trouver des perspectives intéressantes. En revanche je ne suis pas doué pour les texturing, les gros lightings et autre rendu de 10 heures. J’ai préféré développer mon painting dans Photoshop pour justement être moins tributaire de la 3D qui compensait mes lacunes en dessin et peinture au début. Néanmoins la 3D vous permet de comprendre beaucoup de choses et il est important de comprendre un peu comment elle marche. Je pense refaire un peu de 3D par le biais de 3D-Coat ou Zbrush.

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  • Combien de temps te faut-il pour passer de l’idée à l’achèvement d’une œuvre ? 

C’est hyper variable, je vais parfois faire une image en deux ou trois heures car bien définie dans ma tête et tout coule de source. En revanche je vais parfois mettre 4-5 jours pour une autre car je vais être plus enclin au doute, à tester des choses ou tout simplement car je vais être moins dans une zone de confort. Du coup, j’aurais moins de confiance dans ce que je produis. Mais même si parfois on a l’impression de produire des choses médiocres, je conseille de ne rien jeter et de toujours tout garder, car on peut être dans de meilleures dispositions un mois plus tard et trouver de l’intérêt à continuer le travail dessus.

  • Tu n’étais pas destiné à atterrir dans le monde du graphisme, et tu as finalement appris sur le tas, quels ont été tes moyens d’apprentissage ?

L’accès à la formation par Internet. Certes il a fallu parfois mettre la main à la poche mais c’est un mal nécessaire si on veut apprendre des choses de qualité avec des artistes de qualité. Il ne faut pas avoir peur de viser haut dans les artistes et surtout de se sentir écraser par le niveau ; au contraire ça doit motiver. J’ai tout appris via des tutoriels achetés sur le net, des vidéos YouTube, des amis virtuels qui te font des retours sur tes créas etc…d’où l’importance des réseaux sociaux. Sans Internet clairement toute cette aventure n’aurait jamais été possible. Être autodidacte c’est une vraie indépendance aussi dans l’apprentissage. Encore faut-il savoir sur quoi travailler quand on est livré à soi-même sans un beau programme d’étudiant. J’ai toujours su trouver mes objectifs en fonction des influences et amis graphistes et évaluer mes lacunes misent en avant par les critiques qu’il faut aussi savoir accepter pour grandir.

  • Que conseilles-tu à ceux qui voudraient se lancer dans le monde du graphisme ?

Il faut véritablement être Bob l’Eponge et s’imprégner de tout ce qui peut servir son art. Au lieu de glander sur le quai de métro à mater les filles (ou les garçons…), tu peux plutôt observer le jeu des ombres et lumières devant toi, comment elles fonctionnent avec tel ou tel matériau. Il faut savoir observer et analyser ce qu’on regarde pour le retranscrire sur le papier ou la tablette. Bref des fois ça peut presque ressembler à des maths. Ensuite le réseau est crucial, il faut savoir utiliser sur le net tout ce qui peut contribuer à montrer ton art et développer ton réseau, n’oublions pas les magazines non plus et aussi exposer ses œuvres en galerie (oui ça peut arriver aussi)…

La dernière chose : l’anglais l’anglais et encore l’anglais. Dans ce métier, il faut sortir des frontières. C’est je pense un indispensable car le business du graphisme est extrêmement international et l’anglais prime donc pour communiquer.

  • Peux-tu nous dire deux mots sur le photo-bashing ? En quoi cette technique consiste t-elle  ? 

Elle consiste à matraquer (to bash) des bouts de photos les uns avec les autres pour générer rapidement des concepts (des « happy accidents » aussi…) que l’imagination simple n’aurait pas pu ou n’aurait pas eu le temps de produire avec au final un rendu assez réaliste puisque à partir de photos pour la plupart. C’est un peu du collage en fait mais c’est très intéressant et aussi assez expérimental me concernant.

Vous pouvez d’ailleurs retrouver des tutos Photoshop sur Tuto.com pour maîtriser les techniques de photo-bashing.

Voici un exemple d’illustration proposée par Sébastien Hue dans son tuto Faire un Concept art de Robot en Photo-Bashing

  • Le 14 avril dernier, tu animais une Masterclass sur la chaine Twitch d’Adobe. En seulement 1h30, tu obtiens un résultat assez incroyable. Peux-tu nous dire, si lors de la création d’un projet, tu as déjà clairement prédéfini ton rendu ou bien si tu te laisses dériver au fil de tes trouvailles ?

Merci beaucoup. Pour ce projet, je voulais faire un robot et effectivement j’avais un peu une idée au préalable jusqu’à tomber sur cette photo de beau moteur jaune. Au-delà de la photo, c’est le jaune et le cube que j’ai trouvés intéressants. Les phares ou optiques de scooter-voiture sont quant à eux déjà bien orientés SF, avec un côté insecte ou très futuriste. Donc en projetant un peu l’idée dessus, on peut vite se dire : “Tiens y a un truc à faire avec cette pièce”.

Retrouvez le replay de la Masterclass animée par Sébastien Hue sur notre chaîne YouTube :

  • Des projets pour l’avenir ?

Oui : continuer à apprendre, travailler encore et encore, développer mon réseau, rencontrer d’autres artistes, décrocher le contrat qui me fera vivre et vibrer un bon moment et pourquoi pas monter un studio avec d’autres artistes.

  • Ta devise pour finir ?

Le travail paie toujours, le talent n’est que la résultante d’un travail acharné.

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