Creative Connection

20 septembre 2018 /illustration /

Doodles et pop culture avec Emilie Vercez

Une illustration en appelle toujours une autre. C’est le crédo d’Emilie Vercez, graphic designer et illustratrice spécialiste des doodles. D’où vient son inspiration et comment aborde-t-elle son métier ? Réponses.

Emilie, tu es à la fois DA et illustratrice. Quel est ton parcours ?

Mon parcours est assez classique. Assez tôt dans ma scolarité, j’ai eu l’envie de m’orienter vers un métier de création. A 13 ans, je voulais créer des affiches de films… Puis, après mon bac, je suis rentrée à l’école des Beaux-Arts de Besançon (l’ISBA) et y ai passé cinq années en communication visuelle. Pour moi, c’était le cursus approprié : l’école me permettait d’explorer et d’exploiter de nombreux médiums, d’expérimenter les choses jusqu’à leurs limites. Ces cinq années m’ont donné les clefs essentielles de mon métier, pour savoir développer une idée, justifier mes choix, rendre compréhensible un concept par une traduction visuelle pertinente. Par la suite et après quelques stages j’ai monté le studio Poney-M avec une amie. Aujourd’hui, nos chemins professionnels se sont séparés mais j’ai gardé le nom et ai continué l’aventure seule.

Comment le graphic design et l’illustration cohabitent dans ton processus créatif ? Ces disciplines se nourrissent-elles l’une et l’autre dans tes travaux ?

Dans les deux cas, le processus créatif est à peu près le même. Lorsque je travaille sur une illustration, je suis avant tout graphiste, c’est-à-dire que mon regard et ma façon de procéder sont toujours portés sur le cadrage, l’imbrication d’éléments pour harmoniser l’ensemble, le choix de couleurs qui vont tenter de former une image finale équilibrée, lisible et visible. En revanche, la façon d’aborder les sujets se fait avec beaucoup plus de spontanéité et de liberté sur un travail d’illustration que sur un projet purement graphique. Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir accepter des projets de design graphique où il y a forcément une étape illustrative. Je dirais que les deux disciplines sont complémentaires, l’illustration apporte un certain lâcher-prise et le design graphique une rigueur dans les choix et leur application. Les deux disciplines sont clairement essentielles pour maintenir le juste équilibre dans ma pratique.

Tu puises ton inspiration dans la culture urbaine. Peux-tu nous en parler plus amplement ?

Vaste sujet ! J’ai passé mon enfance et mon adolescence à la campagne et dans une petite ville, le béton, le bruit et la foule me faisaient rêver ! Plus sérieusement, j’aime observer les villes, leur construction et la façon dont les gens s’approprient les lieux et le mobilier urbain. Comment tout cela arrive à cohabiter.

On ne peut plus vraiment parler de culture urbaine. Pour moi, c’est devenu la culture tout court. Banksy s’expose dans les musées, Kendrick Lamar reçoit le prix Pulitzer, tous les ados portent des hoodies Thrasher… Je vis à Lyon, où les gens se déplacent pas mal sur roulettes en tout genre, où les arcades de l’opéra sont investies par des jeunes qui font du hip-hop et où on organise des ateliers de street-art pour les enfants… Donc je n’ai pas tellement le choix que d’être influencée par la culture urbaine, elle régit mon quotidien. J’ai juste à ouvrir les yeux et regarder autour de moi pour être inspirée. Je fais partie intégrante de ce milieu.

Les couleurs de tes illustrations restent assez douces, proches du pastel. Comment décides-tu de tes palettes chromatiques ? 

Les couleurs viennent clairement de mon amour inconditionnel pour l’été ! Les gammes un peu pop, fraîches me ressemblent plus que les tons plus sombres. Sur des illustrations récréatives, sans commande, je me laisse influencer par mon humeur. J’ai un caractère plutôt optimiste et joyeux, je me dirige donc naturellement vers un nuancier qui reflète cet état d’esprit. Sur un travail de commande, c’est la question de la pertinence du propos qui prime !

D’où vient cette obsession du doodle que tu produis pour ton compte Instagram ?

Bonne question… c’est à la fois de la détente et un exercice que je fais pour entretenir ma créativité. L’idée appelle l’idée et un dessin en appelle un autre. Sans s’en rendre compte on expérimente, modifie et affine un style. Il arrive de créer des choses un peu au hasard, qui finiront par être des éléments récurrents sur plusieurs illustrations. Bref, c’est un rituel que j’aime bien. Et puis, si je ne poste pas d’images au moins tous les deux jours ma mère pense qu’il m’est arrivé quelque chose et me harcèle de messages ! *rires*

Quels sont tes outils, aussi bien analogiques que numériques, dans ton workflow d’illustration ?

Généralement, des feuilles blanches plutôt lisses, un gros stock de crayons microns avec différentes pointes, des Posca, un scanner, une tablette graphique, un iPad et les solutions Adobe. Souvent, tout cela tourne en même temps sur chaque projet. J’utilise peu de carnets, ça me met trop la pression. J’aimerais qu’il soit parfait et beau de la première à la dernière page et… ce n’est jamais le cas ! Je termine toujours par arracher des pages pour qu’il reste joli… Donc je n’utilise que des feuilles libres ! Ces derniers temps, je travaille surtout sur iPad : c’est un outil à mi-chemin entre le crayon et l’ordinateur, c’est vraiment bien !

Est-ce qu’il y a des fonctionnalités qui te sont incontournables dans Photoshop ou Illustrator ?

Clairement, l’outil plume et le masque d’écrêtage sous Illustrator ! C’est un peu mon logiciel préféré ! Sur Photoshop, j’utilise plus souvent les brosses et le pot de peinture.

Quel est le projet dont tu es le plus fière ?

Je pense que c’est une exposition qui s’est montée en novembre dernier en partenariat avec Eight Gallery : The Growlery (c’est une résidence d’artistes à San Francisco) et le collectif Girls Are Awesome. Le projet était de réunir et d’exposer à San Francisco puis Berlin des illustratrices dont l’univers gravite autour du skate, ce qui est assez rare car cet univers est encore très macho !

Enfin, parle-nous de tes prochaines étapes. Quels sont tes projets à venir ?

Dormir un peu, voyager beaucoup et multiplier les projets à l’étranger encore plus ! Les réseaux sociaux permettent d’abolir pas mal de frontières en matière de projets créatifs : les choses se font très simplement et c’est super. Pour le concret, il y a un projet de planche de skateboard avec une marque autrichienne qui fabrique tout à la main, mais on est encore dans les premières étapes donc pas de date précise à donner !

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Emilie a conçu l’un des projets mis en valeur dans notre série d’été sur le thème des glaces.

Pour voir les autres projets créatifs d’Emilie, rendez-vous sur :

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