Creative Connection

13 juillet 2018 /illustration /

L’illustration inclusive selon Clémence Gouy

Les projets se multiplient pour Clémence Gouy, designer et illustratrice, étudiante et freelance. Rencontre avec une créative montante, qui puise son inspiration dans les cultures du monde.

Clémence, tu es graphic designer, illustratrice, et étudiante en communication visuelle à l’ECV Nantes. Quels ont été les étapes marquantes de ton parcours jusqu’ici ?

Je ne sais pas si cela compte dans mon parcours à proprement dit, mais j’ai eu la chance de beaucoup voyager très jeune ; ma famille et moi-même habitions sur un voilier et naviguions tout autour de l’océan Atlantique. C’est sans doute ce qui m’a poussée à choisir un métier que l’on peut exercer d’à peu près partout dans le monde, tant qu’il y a une connexion WiFi. Mais surtout, être exposée à autant d’images variées et magnifiques que le monde a à nous offrir forge la rétine et attise la curiosité.

Je crois que la communication visuelle, qu’elle passe par l’illustration ou le graphisme, consiste à constamment requestionner le monde qui nous entoure par l’image. Alors voyager, sortir de ce que l’on connaît, c’est un formidable terreau pour la créativité.

En parlant de voyage, j’ai aussi eu l’opportunité de partir étudier quelques temps en Angleterre, et de faire plusieurs stages dont un au Canada. Ce sont des étapes importantes, qui m’ont apporté beaucoup en termes de vision du graphisme, et comment il peut être abordé différemment d’une culture à l’autre.

Comment décrirais-tu ton style ?

C’est une question difficile, j’ai l’impression qu’il est encore en pleine construction. En règle générale, j’aime les couleurs qui vibrent, la simplification des formes et les aplats. Un rendu presque vectoriel mais avec des textures ou quelques tracés à la main pour ramener une dimension humaine.

Ayant une formation de designer graphique et dessinant beaucoup à côté, graphisme et illustration se nourrissent l’un l’autre. Les méthodes de mise en page me servent beaucoup pour mes compositions par exemple. Et à l’inverse, le dessin à la main est très utile pour le lettering.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Les plantes ! J’aime beaucoup dessiner des plantes. Dessiner les femmes fait également partie de mes sujets de prédilection. Les figures féminines forte de l’Histoire ou de l’Art m’inspirent beaucoup, par leur travail mais aussi en tant que « role model ». De même, la culture japonaise et surtout les grands maîtres des estampes tels que Hokusai ou Hiroshige font partie de mes références. Enfin, j’ai une forte attirance pour l’ésotérisme et toute forme de pratique magique. Le tarot a une iconographie très riche par exemple. L’astrologie, ou les mythologies de diverses cultures sont passionnantes.

Quel est le projet dont tu es le plus fière jusqu’à présent ?

J’ai tendance à me lasser assez rapidement de ce que je produis… comme tout créatif. Mais je dirais que je suis assez satisfaite de la série d’affiches que j’ai réalisée sur le thème de la Philharmonie de Paris. Je me suis beaucoup amusée à travailler autour de ces affiches typographiques, animées pour symboliser le rythme de la musique présentée.

Dans un autre registre, j’ai récemment été commissionnée par une agence pour réaliser des affiches pour le mythique cabaret du Crazy Horse. J’étais très enthousiaste à l’idée de travailler sur ce projet et je suis heureuse qu’on me l’ait confié !

Dans le cadre de tes études, tu as contribué à la DA (fictive) des Rencontres de la photographie d’Arles. Peux-tu nous présenter ce projet et le processus créatif derrière celui-ci ? Quel a été ton rôle plus spécifiquement ?

Les Rencontres de la Photographie d’Arles ont récemment confié la refonte de leur identité à l’agence ABM. C’était l’occasion de se prêter nous aussi à l’exercice au cours d’un module. Le principal challenge, à mon sens, résidait dans la nécessité d’une identité forte sans pour autant prendre le pas sur l’objet du festival : la photo.

J’ai donc pris le parti d’une identité modulable, faite de formes géométriques, qui viendraient « cadrer » et s’adapter au travail des photographes présentés. Les formes géométriques en question sont constituées d’un cercle, directement tiré de la forme des Arènes d’Arles, symbole de la ville, et d’un rectangle de taille variable, qui symbolise le cadrage en photographie. Les deux fusionnent : c’est la « rencontre » qu’on retrouve dans le nom du festival.

Il s’agissait d’un projet individuel, alors mon rôle a été très large : de la DA à la réalisation en passant par le concept et la présentation finale du projet…  Cela nous encourage à être polyvalent.

Tu as travaillé en groupe sur certains projets. Avez-vous mis en place un workflow collaboratif ? Par exemple, vous êtes-vous servi des fonctions de collaboration de Creative Cloud ?

Ce qui est bien avec les projets collectifs, c’est qu’il y a autant de façons de travailler que d’individus. Notre workflow varie donc beaucoup d’un projet à l’autre, et il faut sans cesse savoir s’adapter, revoir nos habitudes par rapport à celles des autres…

On a quand même quelques automatismes et on travaille tous sur Adobe Creative Cloud CC. J’ai vu que Creative Cloud proposait de nouvelles fonctionnalités collaboratives avec les Bibliothèques ou le partage de fichier. Je n’ai pas encore pris le temps de tester mais nul doute que cela peut s’avérer très utile !

Tu es dans le groupe Wehance qui rassemble les femmes sur Behance, et as aussi créé une illustration à l’occasion de la Journée Mondiale des Droits des Femmes. Peux-tu nous parler de ton engagement ? Comment l’exprimes-tu dans tes créations ?

La représentation des femmes dans les médias, et plus généralement la communication inclusive sont des sujets qui me portent. Quand je crée un visuel, que ce soit en design graphique ou en illustration, j’essaye de me poser des questions : est-ce que ce que je produis n’alimente pas certains clichés ? Est-ce que les personnes représentées ont des rôles interchangeables ? Est-ce que je dessine toujours les mêmes types de corps, de visages, de couleurs de peau ? Est-ce que je peux utiliser mon travail dans une démarche plus inclusive et/ou une démarche d’empowerment ?

On le sait tous, le milieu de la communication visuelle est pétri de clichés. Pour autant, ce même milieu a un grand rôle à jouer dans l’acceptation, de la part du grand public, d’un monde avec plus de diversité. Et heureusement, on est de plus en plus de communicants à croire fermement en cela.

Avec plusieurs étudiantes de mon école, nous avons d’ailleurs monté un collectif œuvrant à la sensibilisation pour communication plus inclusive (organisation de conférences, workshops…) car c’est un sujet important qui devrait être abordés dans les école de com et d’art. Bien sûr, j’ai grandi dans la culture occidentale que l’on connait. Ma vision est conditionnée par ce prisme et je peux encore avoir des réflexes très stéréotypés. On a aussi tous un peu sa zone de confort quand il s’agit de création. Mais j’essaye autant que possible de me remettre en question, cela fait partie du métier après tout. J’ai encore des efforts à faire pour varier plus les types de corps que je dessine par exemple.

Des idées de ce vers quoi tu voudrais te diriger après tes études ?

Je viens tout juste de décrocher mon diplôme, et jusqu’à très récemment j’avais en tête de trouver un poste en agence pour faire mes premières armes, avant de me lancer en solo dans quelques années. Mais en ce moment, j’ai de plus en plus de propositions de projets intéressants en freelance, tant en illustration qu’en graphisme. Alors cela me fait reconsidérer l’idée de m’y mettre à plein temps dès maintenant… Mais je sens que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre.

Pour cette raison, j’adorerais intégrer un poste dans un studio créatif innovant, en France ou à l’étranger, pour continuer à m’améliorer dans un espace de travail stimulant. J’aime pouvoir mener un projet de A à Z et toucher à tout, alors il me semble qu’être dans une petite équipe est ce qui me permettra d’être la plus 360˚.

Il y aussi beaucoup de choses que je n’ai fait que survoler lors de mes études et que j’aimerais approfondir : le développement web par exemple, le motion design ou encore la 3D. Globalement, je veux continuer à progresser et apprendre des rencontres, saisir un maximum d’opportunités tout en développant mes projets personnels. Pour le reste, j’ai hâte de voir ce que l’avenir me réserve !

Merci !

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