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[Tendance de juillet ] Des portraits déstructurés qui nous révèlent à nous-mêmes

Un portrait réussi soulève énormément de questions… Que nous révèle un instantané sur une personne ? Quelles anecdotes évoquent un regard, un geste ou un cadre donné ? Et lorsqu’un artiste fausse ce portrait, en se jouant de l’équilibre et de la perspective à grand renfort de manipulations numériques, ces interrogations deviennent encore plus pressantes car l’impression dégagée peut se révéler déconcertante. Les portraits qui enfreignent les règles nous invitent à méditer sur les lieux communs, voire à reconsidérer l’essence-même de la vérité.

PIA SCHELE / ADOBE STOCK

 

Lorsqu’un autoportrait est tout, sauf soi

 Cindy Sherman est la reine du portrait trompeur, qui « casse les codes ». Ses autoportraits ont été sa première incursion sur la scène artistique dans les années 1980 et, depuis, plus elle s’expose dans ses travaux photographiques, moins nous la cernons. Et pour cause : Cindy Sherman utilise perruques, maquillage, déguisements, prothèses et même manipulations numériques pour se caméléoniser. Elle suscite ainsi plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Pour The Guardian, « elle est tour à tour héroïne hitchcockienne, Marilyn plantureuse, victime de violences, pin-up terrifiée, cadavre, figure du Caravage ou de Botticelli, poupée désarticulée dans une pose obscène, homme au passe-montagne, blonde décolorée fanatique de chirurgie esthétique, cowgirl, clown désespéré…. Et ce n’est qu’un début. »

Nous ne sommes pas pour autant dupes de ces multiples métamorphoses : nous savons que les images de Cindy Sherman sont fabriquées. Comme l’indique The New York Times, « ses photos sont systématiquement détournées, avec des raccords bien visibles et une évidente dimension fictive et construite ; nous sommes toujours dans le stratagème, intrigués par leur caractère feint tellement réel… Elle manipule par ailleurs comme personne l’espace, l’échelle, les couleurs et les motifs. »

En manipulant ses clichés sous nos yeux, Cindy Sherman nous pousse à remettre en question les lieux communs qui, inconsciemment, risquent d’influer sur notre interprétation d’un portrait — les stéréotypes sur les femmes, la sexualité, etc. Elle nous invite même à réfuter les suppositions sur la relation qui unit le photographe à la vérité. The Guardian en explique la résonance : « Ses propres photos étaient tout sauf des autoportraits ; ses photographies étaient un pied de nez au bon sens qui veut que l’appareil photo ne ment jamais. Or, l’appareil photo ment systématiquement. »

Si l’appareil photo ment, quelles leçons faut-il en tirer ? Nos propres clichés, ceux que nous prenons de nous-mêmes et des autres, sont-ils uniquement et systématiquement fabriqués ? Cindy Sherman insiste pour que nous vivions avec cette ambiguïté.

Déstructurer le portrait d’illustration.

Dans les collections de portraits des banques d’images, il n’est guère difficile de trouver des clichés qui font la part belle aux lieux communs et suppositions gommés par Cindy Sherman. Néanmoins, nous avons interrogé Jared Drace, responsable des services production de Hex, afin de savoir comment son équipe s’y est prise pour constituer une collection de portraits d’illustration qui résistent aux règles classiques de la composition afin de proscrire les stéréotypes.

HEX / ADOBE STOCK

« Nous encourageons nos photographes à déstructurer les images. Nous recherchons des angles atypiques et des perspectives différentes et ce, pas uniquement pour les compositions proprement dites, mais aussi pour les histoires que nous racontons à travers elles », explique Jared Drace. « Nous privilégions les clichés capables de capter l’attention de ceux qui les regardent. Des variations infimes, comme le décentrage du sujet, l’inclinaison de l’appareil photo ou un léger décalage du cadrage, suffisent parfois à focaliser l’attention sur l’image. »

HEX / ADOBE STOCK

Pour Jared Drace, l’éclairage est un autre facteur décisif dans la création de photographies originales, capables d’attirer l’attention : « L’un des avantages de la photographie numérique tient au fait qu’il ne faut pas énormément de lumière pour réaliser un cliché exceptionnel. Vous pouvez éclairer un visage avec l’écran de votre smartphone, ou organiser une séance photo dans un bar faiblement éclairé, sans casser l’ambiance avec un éclairage d’appoint ou un flash. »

D’autant que le sujet n’est pas tout dans la création de portraits d’illustration bannissant les lieux communs. Le vécu du photographe laisse, lui aussi, son empreinte sur une image. « HEX est profondément ancré dans la photographie musicale et la culture des jeunes, ce qui a aidé nos photographes à devenir en quelque sorte la voix visuelle des minorités », explique Jared Drace.

HEX / ADOBE STOCK

 

 

Nous trouver dans les banques d’images

Les portraits font partie de la façon dont nous nous percevons (et nous remettons en question) dans notre culture saturée d’images. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce qu’ils représentent une catégorie substantielle dans les collections de banques d’images. Pour le seul mois de mai, 10 000 recherches de portraits ont été effectuées dans Adobe Stock — les portraits de femmes, suivis de ceux de familles et d’hommes, représentant les catégories les plus prisées. Même les chiens et les médecins y figurent. À l’évidence, certains recherchent des images classiques, à la composition parfaitement équilibrée, tandis que d’autres, nous en sommes persuadés, privilégieront des photos légèrement décalées. Suffisamment, en tout cas, pour attirer l’attention et stimuler la réflexion du spectateur.

STUDIO FIRMA / STOCKSY

Découvrez comment certains artistes enfreignent les règles de l’équilibre, des angles et de la perspective pour créer une ambiance, soulever des questions, et même nous décontenancer, et parcourez la galerie de ce mois-ci, consacrée aux compositions décalées dans Adobe Stock.

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Adobe Stock, photographie créative

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