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16 mai 2018 /illustration /

Des vignettes en noir et blanc aux illustrations hautement colorées. Portrait d’artiste : Thomas Danthony

A dominantes bleues et rouges, les illustrations de Thomas Danthony témoignent d’un style unique et d’un workflow particulier. Vignette dessinée, gouache, Photoshop… il partage avec nous son processus créatif.

De Montpellier à Londres, quel est ton parcours ?

Je me suis installé à Londres après mes études en design produit. Je voulais avoir une autre perspective sur le métier de designer et c’est à ce moment-là que je me suis découvert illustrateur. En fait, je l’avais toujours été d’une certaine façon, mais sans réaliser que je pouvais en faire mon métier. C’est devenu une réalité quand j’ai créé mon studio en 2013.

J’ai récemment déménagé mon studio à Barcelone. Après 6 ans à Londres, il était temps de passer à autre chose dans un cadre plus doux… et puis la lumière du Sud me manquait.

En parcourant ton compte Instagram, on sent une évolution de style. Comparons par exemple l’illustration pour Modus Magazine (Qatar 2022) ou celle pour GQ et celle pour Magnum. Tes partis-pris graphiques sont aujourd’hui plus radicaux : les contrastes de couleurs sont plus tranchés, les ombres et les lumières s’opposent clairement et les bleus sont plus présents et intenses. Peux-tu nous raconter cette évolution et décrire ton style aujourd’hui ?

L’évolution s’est faite tout doucement, c’est par l’intermédiaire de certains projets ou en explorant de nouvelles techniques que j’ai fait des découvertes qui m’ont influencé. Par exemple, la sérigraphie impose une gamme de couleurs limitée : c’est quelque chose qui m’a plu et je l’ai incorporé dans ma pratique.

Il est certain que je redessinerais ces vieilles illustrations de façon assez différente maintenant, mais c’est cette évolution qui permet de ne pas s’ennuyer et de rester excité par le prochain projet. J’essaye toujours d’aller à l’essentiel avec des compositions fortes, des couleurs intenses et des jeux de lumières pour un impact maximal.

Detail, #gouache on paper, 2018.

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Parlons du bleu. Elle est définitivement ta couleur préférée. Qu’a-t-elle de plus que les autres, d’un point de vue artistique et créatif ?

C’est une couleur qui me vient naturellement : le bleu représente beaucoup d’éléments que j’aime dessiner comme les montagnes, la mer, le ciel. Je suppose que c’est ancré dans ma personnalité : j’aime être dehors pour grimper ou dans les vagues, où le bleu est omniprésent et majestueux. Ceci dit, j’aime toutes les couleurs et je commence toujours une image avec une palette vierge ; je me laisse ensuite guider par le sujet.

Comment l’architecture t’inspire-t-elle dans la composition de tes œuvres ? Notamment celles dénuées de bâtiments, qui ne sont pas liées à l’urbain ?

J’aime beaucoup l’architecture, mais je ne sais pas vraiment si cela a une influence sur mes compositions. Elles sont plutôt organiques que planifiées.

Les architectes et les photographes sont souvent à la recherche du point de fuite. De ton côté, beaucoup de tes illustrations donnent l’effet de superposition de calques (comme Photoshop). Quelle est la place de la perspective dans ton travail ?

Pour moi, c’est la façon la plus naturelle de construire une image : cela permet de jouer avec les formes de façon plus flexible. Les perspectives sont plus rigides et mathématiques, ce qui laisse moins de chance au hasard. Cela dit, j’aime aussi beaucoup dessiner des bâtiments, mais la perspective n’est pas ma priorité.

Des petites vignettes qui te servent de brouillon à Photoshop, peux-tu nous décrire ton workflow ?

Je commence souvent dans un carnet de croquis où je dessine de petites vignettes en noir et blanc. Je les redessine ensuite dans Photoshop pour pouvoir aller plus loin, parfois directement en couleurs. C’est là que l’image prend forme et se développe, parfois les vignettes se retrouvent trait pour trait dans le final et parfois elles ne sont qu’un point de départ. L’étape des vignettes me sert à chercher des idées, l’ordinateur est l’outil qui me permet de les mettre en forme.

Quelles sont tes fonctionnalités de prédilection dans Photoshop ? 

J’utilise beaucoup le pinceau et la gomme avec de nombreux calques. Pour être honnête, je n’utilise que des fonctions très basiques : plus les outils sont simples, plus je peux me concentrer sur l’image en elle-même.

Outre la gouache, quels sont tes autres outils analogiques ? J’ai cru lire que tu utilisais aussi des pochoirs ?

J’aime particulièrement la gouache pour ses couleurs éclatantes et lumineuses, presque digitales. C’est probablement l’outil analogique que j’ai le plus utilisé, souvent couplé aux pochoirs d’ailleurs. C’est une technique que j’aime particulièrement et qui nécessite beaucoup de planification en amont. C’est aussi une contrainte, comme une règle du jeu que je m’impose, ce qui n’est pas pour me déplaire !

Quel est le projet sur lequel tu t’es le plus dépassé ? Celui qui a représenté le plus gros challenge créatif ?

Je me donne à 100% sur tous mes projets, quel qu’en soit la taille. Récemment j’ai passé beaucoup de temps sur la campagne pour Magnum :j’ai eu la chance d’avoir une liberté incroyable avec un processus très inhabituel pour une campagne de cette taille. Avec un brief minimal qui était d’utiliser la forme iconique des glaces dans un contexte de plaisir, j’ai ensuite eu une liberté totale pour m’exprimer… ce qui a été un grand plaisir mais aussi un vrai challenge pour arriver à des images qui me ressemblent. Je suis fier du résultat et des premiers retours que j’ai eus. La campagne devrait s’étendre à travers l’Europe cet été.

Enfin, parle-nous de tes prochaines étapes. Quels sont tes projets à venir ?

Je suis en train d’explorer des formats plus grands, et je travaille en ce moment avec de l’acrylique sur bois. Pour peut-être une future exposition… avis au galeries !

Merci !

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Pour découvrir ses autres créations, suivez Thomas sur son site et sur les réseaux sociaux :

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