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[Visual Trends] Kaléidoscope des nouvelles définitions de l’identité

Et s’il était temps de sortir des cases ? Celles qui imposent de déclarer si vous êtes un homme ou une femme, et vous cantonnent à une seule race, appartenance ou catégorie d’âge. En ce moment même, des individus s’interrogent de plus en plus sur l’incongruité, voire le diktat de ces cases.

Celles-ci sont en train de céder la place à une identité fluide et multiple, autodéterminée et revendiquée, et à une diversité qui embrasse toutes sortes de corps et d’expériences de vie. Cette évolution se reflète dans le travail des marketeurs et des artistes du visuel.

Le nouveau monde du genre

Dans certains pays, le genre — qui a semblé immuable pendant si longtemps — est devenu l’une des catégories les plus fluides. Et en France, la communauté transgenre gagne en visibilité dans le monde médiatique (Vogue Paris a exposé Valentina Sampaio, mannequin transgenre, en couverture de son numéro de mars 2017). De son côté, la culture pop s’impose indéniablement comme l’un des plus puissants catalyseurs des échanges sur l’inadéquation de nos expériences de vie avec les seuls genres masculin et féminin.

Des initiatives sont proposées de toutes parts. Facebook a ajouté une option de genre supplémentaire. De même, la généralisation de l’écriture inclusive vise à réajuster la règle orthographique selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin, pour rendre la langue plus égalitaire.

Dans la mode, des marques comme Gucci et Zara développent des lignes non genrées, non pas pour choquer, mais parce que cela fait sens dans un monde où l’identité se fluidifie. Selon Garance Broca, la mode non genrée pourrait être à l’avant-garde d’une révolution du genre : elle est « le reflet d’une société et permet de faire passer beaucoup de messages politiques ».

Et peut-être que nous finirons par rejeter en bloc toutes les catégories. France 5 a fait témoigner cinq enfants transgenres et leurs familles dans un documentaire intitulé « Devenir il ou elle ». A eux de témoigner : « Malgré un parcours médical et psychique compliqué et lourd, ce qui ressort de ce documentaire, c’est avant tout l’idée de liberté et d’espoir, l’espoir qu’il est toujours temps de choisir celui ou celle qu’on a envie de devenir. »

Se libérer des cases

Le débat sur la fluidité du genre concerne aussi l’authenticité, c’est-à-dire la quête d’un espace, d’un langage et d’un style en adéquation avec nos expériences de vie et nos véritables corps. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que même les personnes s’identifiant clairement de sexe masculin ou féminin entreprennent un remodelage de leur catégorie identitaire.

Pour certaines femmes, repenser le genre signifie remettre en cause les normes de beauté. Le mouvement #nomakeup illustre cette tendance en prônant les selfies sans maquillage (on y trouve des images de Beyoncé, Gwyneth Paltrow et Salma Hayek). Alicia Keys ne porte plus de maquillage en public. En renonçant aux cosmétiques, les femmes attirent l’attention sur les différences entre leur apparence dans la vraie vie et les mondes artificiels et retouchés des magazines de mode et des flux de médias sociaux.

Les tendances évoluent également dans la coiffure. L’avènement de la coupe ultra-courte a remis en cause les critères de la féminité, cette dernière étant souvent représentée par les longues chevelures : « Après l’avoir portée pendant très longtemps, les femmes abandonnent leur longue chevelure bohème chic pour prendre plus de risques », répond Andrea Donoghue, coiffeuse américaine interrogée par le New York Times : « Elles n’ont pas peur de ne pas paraître belles. »

Les marketeurs utilisent quant à eux dans leurs campagnes des images de beauté féminine plus inclusive. Par exemple, la maison de mode Chloé a choisi Joan Didion, une mannequin de 80 ans, en tant qu’égérie. La célébration des vraies femmes monte en puissance. Célébrer les femmes authentiques, leur beauté et leur puissance implique de célébrer toutes les femmes et de s’affranchir de l’âge.

Les hommes répondent aussi à l’appel. Ils sont de plus en plus nombreux à adhérer au mouvement Body Positive et à déclarer qu’ils subissent la pression de se conformer à un certain type de physique et qu’ils ressentent une forme d’insécurité à l’idée de ne pas y parvenir. Des marques comme booHooMan emboîtent le pas en proposant une mode masculine grandes tailles.

Si les femmes envisagent une vie sans cosmétiques, certains hommes prennent le contre-pied. En plein développement, le marché des cosmétiques pour hommes répond à une demande pour des produits qui relevaient jusqu’alors du tabou. Des entreprises comme MR PORTER s’adressent déjà à ce marché en pleine expansion et le directeur général de L’Oréal au Royaume-Uni prédit l’apparition d’ici cinq ans de stands dédiés aux marques de cosmétique masculine dans les grands magasins.

Évolution des identités multiples dans Adobe Stock

Les stéréotypes ont souvent effacé des personnes de notre environnement visuel, surtout celles qui n’entraient pas dans les cases en raison de leur couleur de peau, de leur silhouette, de leur genre ou de leur handicap. Le temps est donc venu de renflouer la banque.

Voici ce que nous a déclaré la photographe Sophie Klafter, qui travaille souvent sur le handicap, au sujet de l’avenir de la banque d’images : « Je crois qu’il y a fort à faire pour inclure des individus d’horizons différents et cela peut prendre des formes qui nous échappent peut-être encore. Par exemple, on commence à voir des mannequins grande taille et des personnes de diverses couleurs de peau, mais rarement des personnes avec des différences physiques ou des handicaps, alors qu’elles représentent 20 % de la population américaine. »

L’un des plus grands défis pour les banques d’images est de capturer la diversité des expériences humaines en un cliché unique, statique. « Pour le surmonter, il faut être authentique. Les images qui remportent le plus de succès sont celles auxquelles on peut s’identifier car elles transmettent la réalité : elles résonnent avec les expériences quotidiennes de beaucoup de gens. »

Exprimer ce phénomène de société au sein de vos créations

A la recherche d’inspiration pour aborder cette tendance dans vos créations ? Visitez notre galerie dédiée sur Adobe Stock. En mars, nous vous donnons rendez-vous en ligne pour une webconférence sur l’influence des identités multiples dans la création : inscrivez-vous ici !

Image d’en-tête par Hilde Atalanta.

Adobe Stock

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